SPRENGISANDUR | 2014 | ISLANDE A VELO

La traversée Nord – Sud avec ses 294 kilomètres de pistes caillouteuses et 7 jours en autonomie; puis Heimaey, Kirkjubaerklaustur, Skaftafell, Jökulsarlon et Höfn.

Nous sommes au mois de juillet et depuis 4 jours on n’a pas enlevé les bonnets. Il fait 6° à Akureyri et avec la bise noire qui souffle nous frôlons les zéro degrés. Notre Plan A tombe à l’eau, puisque la piste pour Askja est toujours fermée, alors on décide de faire le Plan B : la traversée de la Sprengisandur, la fameuse F26.

Notre récit raconte comment – en plus – nous sommes restés bouche bée au camping d’Akureyri, avons donné notre avis s’il fallait goudronner la Sprengisandur, avons poussé les vélos pendant une heure, sommes tombés amoureux de la vallée Eyjafardardalur, avons découvert pourquoi il ne faut pas utiliser des compteurs vélo sans câbles, avons eu des toilettes rincées à l’eau chaude, avons discuté nourriture avec un randonneur norvégien au beau milieu du désert, avons découvert pourquoi il faut se méfier d’une accalmie de vent, avons dormi dans un camping fantôme, avons été enchantés de Heimaey malgré les 3 jours passés sous la pluie, avons touché les souris des glaciers, avons trouvé des diamants sur une plage noire, avons titubé sur nos vélos comme si on était saoul, et comment nous avons vécu le réveil du volcan Bardarbunga.

Itinéraire du 26 juillet au 23 août 2014

Voyage vélo en Islande 2014Jour 1 | Genève – Keflavik | en avion | 2650 km

Jour 2 | Keflavik – Reykjavik | à vélo | 52 km

Jour 3 | Reykjavik – Akureyri | en bus | 387 km

Jour 4 | Akureyri | ravitaillement, organisation et achats

Jour 5 | Akureyri | ravitaillement, organisation et achats

Jour 6 | Akureyri – Camp de la Terrasse | à vélo | environ 54 km

Jour 7 | Camp de la Terrasse – Laugafell | à vélo | environ 37 km

Jour 8 | Laugafell – Camp des Cailloux | à vélo | environ 40 km

Jour 9 | Camp des Cailloux – Camp des Fleurs| à vélo | environ 40 km

Jour 10 | Camp des Fleurs – Camp de la Gorge | à vélo | environ 41 km

Jour 11 | Camp de la Gorge – Camping fantôme de Gaeltaekur | à vélo | environ 79 km

Jour 12 | Camping fantôme de Gaeltaekur – Hella | à vélo | environ 45 km

Jour 13 | Hella | pluie toute la journée

Jour 14 | Hella – Heimaey (îles Vestmannaeyjar) | environ 42 km

Jour 15 | Heimaey (îles Vestmannaeyjar) | randonnée

Jour 16 | Heimaey (îles Vestmannaeyjar) | à vélo | 14 km

Jour 17 | Heimaey – Seljalandsfoss | ferry et à vélo | 15 km

Jour 18 | Seljalandsfoss – Thorsmörk | sortie en bus et randonnée

Jour 19 | Seljalandsfoss – Kirkjubæjarklaustur en bus 134 km | Kirkjubæjarklaustur – Skaftafell à vélo | environ 71 km

Jour 20 | Skaftafell | randonnée

Jour 21 | Skaftafell | promenade avec le ranger

Jour 22 | Skaftafell | Glacier Walk

Jour 23 | Skaftafell – Camp des Icebergs | à vélo | environ 70 km

Jour 24 | Camp des Icebergs – Höfn | à vélo | environ 92 km

Jour 25 | Höfn | repos

Jour 26 | Höfn – Reykjavik | en bus | 458 km

Jour 27 | Reykjavik | shopping et piscine

Jour 28 | Reykjavik – Keflavik | en bus | 48 km

Jour 29 | Keflavik – Genève | en avion | 2650 km

Jour 1 | Genève – Keflavik | en avion | 2650 km | pluie en Suisse, couvert en Islande

Prendre l’avion avec des vélos est toujours un peu compliqué et nous sommes contents que nos (beaux) parents nous amènent à l’aéroport de Genève. Il y a beaucoup de trafic à cause du Paléo, mais heureusement on est partis assez tôt.
Déjà trois vols annulés et tous les vols affichent du retard à cause du mauvais temps. Pour finir, notre vol part à l’heure. A Keflavik on récupère nos bagages et les cartons vélos – qui arrivent complètement mouillés (mais heureusement pas déchirés) ! Apparemment ils sont restés sous la pluie à l’aéroport de Genève…
Après un court transfert, on s’installe vers 1h15 du matin dans un des cottages chez Alex Guesthouse, où on peut laisser sécher nos cartons.

Jour 2 | Keflavik – Reykjavik | à vélo | 52 km | couvert et pluie pendant la nuit

Beaucoup de changements chez Alex en 2014: il n’y a plus de camping ! Ça nous fait drôle après toutes ces années qu’on venait ici. Mais bon, on peut toujours laisser les cartons vélos si on reste la première et la dernière nuit – et pour nous c’est le plus important.
Le trajet Keflavik – Reykjavik n’est pas une partie de plaisir à vélo, puisque jusqu’à Hafnarfjördur on roule sur la route 41 et son trafic infernal. A Hafnarfjördur on retrouve notre chemin vélo, mais en 2014 il n’est pas encore fléché et on se perd souvent. Heureusement les islandais sont très bienveillants et après 4 heures de vélo on arrive sain et sauf au camping de Reykjavik.
Beaucoup de changements ici aussi : sur notre butte, où on avait l’habitude de planter la tente, il y a maintenant un bloc sanitaire. La cuisine extérieure a été remplacée par un bloc cuisine flambant neuf, avec salle à manger, chauffage et Wifi. C’est du luxe comparé à avant, mais toujours aussi bordélique. Ah oui – ça c’est nouveau aussi – un policier qui fait sa ronde dans le camping…

Jour 3 | Reykjavik – Akureyri | en bus | 387 km | pluie et vent

Les bourrasques de vent et la pluie nous réveillent. On se rend à vélo au Harpa, où se trouve le départ du bus Sterna. Le buffet du restaurant du Harpa nous semble très alléchant et on profite par gouter des spécialités islandaises comme le Gravlax, le poisson fumé, le pâté de poisson, la salade de carottes, l’agneau, le gratin de pommes de terre douces, sans faire l’impasse sur le tris de dessert. C’est trop bon, et notre petit plaisir, avant d’entamer les menus un peu basiques prévus pour la traversée des hauts plateaux.
Pour pouvoir charger les vélos dans la soute du bus, on doit tourner les guidons, mais ça va, il n’y a pas trop de monde. Le bus fait de haltes à Borgarnes, Stadarskali et Vermahlid. La pluie s’est arrêtée. Mais on s’est réjoui trop tôt, juste avant d’arriver il commence de nouveau à pleuvoir et on s’installe au camping d’Akureyri sous la pluie.

Jour 4 | Akureyri | ravitaillement, organisation et achats | pluie le matin, bise noire le soir

On commence la journée avec la piscine, qui se trouve juste en face du camping. La nouveauté c’est un bac d’eau glacée (Ysbad) : c’est le pied surtout après le hot pot à 43°!
L’après-midi on descend en ville pour faire le plein d’essence (pour le réchaud) et pour passer à l’office de tourisme afin d’avoir des infos sur l’état des pistes des hauts plateaux. Nous apprenons que la piste pour Askja est toujours fermée et on décide alors d’activer le plan B : la traversée de la Sprengisandur, la fameuse F26.
Des étudiants font un sondage et nous remplissons volontiers le questionnaire : « Que pensez-vous du projet de goudronner la F26 ? » Ou encore « Accepteriez-vous des conduites électriques à haute tension installées à côté de la dite route goudronnée ? ». Nous comprenons que peut-être pour certains islandais cela serait pratique, mais nous mettons des « NON » à peu près partout…

La bise noire se lève le soir et on frôle les zéro degrés. Eh oui, on est au mois de juillet et depuis notre arrivée en Islande on n’a pas enlevé les bonnets !

Jour 5 | Akureyri | ravitaillement, organisation et achats | pluie le matin, soleil le soir et la bise qui persiste

C’est décidé, le temps s’améliore et on part demain ! On fait les commissions pour 8 jours en autonomie dans le grand supermarché Netto Glerartorg sur la Glerargata qui est très bien fourni et où on trouve tout pour notre périple. Dans le shop Vodafone, qui est dans le même complexe, on achète une carte de téléphone prepaid islandaise.
Un groupe de chinois arrive en Minibus au camping – certains sont en schlappe – il fait 6° ! Ils se font remarquer avec beaucoup de bruit et de fumée et ont monopolisé toutes les tables de la cuisine commune, qui est abritée mais à l’air libre. Les femmes s’affairent à préparer du riz et des légumes dans de grandes casseroles posées sur les tables. Les hommes ont allumé un BBQ jetable en alu, pour faire griller un gigot d’agneau, qui semble encore à moitié congelé ! Un gamin islandais arrive, ralenti le pas en même temps que son sourire se crispe – et il reste bouche bée devant cette scène – Sony aussi !

Jour 6 | Akureyri – Camp de la Terrasse | à vélo | soleil le matin, pluie le soir et toujours la bise

Ça y est : c’est le départ ! Et même sous le soleil ! Bon il y a toujours la bise noire, mais elle souffle dans la bonne direction. Après le panneau Malbik Endar la piste commence et, passé la dernière ferme, il y a déjà le premier gué à franchir. Il n’est ni profond, ni trop large, mais froid. On découvre que nos compteurs vélos sans fils n’aiment pas l’eau : au premier gué les batteries ont rendus l’âme. Mince on ne pense jamais à tout ! On remonte la très belle vallée Eyjafjardardalur et on trouve un petit coin un peu à l’abri du vent, en retrait de la piste, un ruisseau pas loin : bref, notre camp est parfait !

Jour 7 | Camp de la Terrasse – Laugafell | à vélo | soleil le matin, pluie le soir

Aujourd’hui c’est la première fois qu’on voit le soleil plus que 5 minutes et on déjeune dehors. On peut enfin enlever les bonnets, qui ne nous ont pas quittés depuis qu’on a mis pieds en Islande il y a 6 jours. On continue à remonter cette belle vallée à côté de névés de 3 mètres de haut, mais, à part quelques grimpettes, on est sur les vélos. Après le dernier gué, les choses se corsent et pendant une heure on doit pousser les bécanes tellement c’est raide ! Heureusement on s’est entrainé, et on ne s’arrête que 2 ou 3 fois pour faire une petite pause, entre autre aussi pour admirer la belle mousse couleur vert fluo qui pousse au bord de la piste.
Arrivés sur les hauts-plateaux la piste semble aller nulle part. Le ciel se couvre et le soleil disparait. Quelques minutes plus tard c’est la grêle et on arrive au refuge/camping de Laugafell sous la pluie. Les gérants sont très sympas et quand ils apprennent qu’on est arrivé par la vallée Eyjafjardardalur, un « Rough road » est leur seul commentaire ! On aimerait bien avoir les prévisions météo pour les prochains jours, mais il n’y a pas de réseau et de toute façon le temps ici change chaque 5 minutes.
Tiens, la pluie s’est arrêtée et nous donne l’occasion d’aller à la source chaude – ou presque – elle est plutôt tiède. Le bassin est très beau, fait de pierres de basalte, et entouré de fleurs. Quand Sony a les lèvres bleues, on sort de l’eau et on court jusqu’aux vestiaires, tellement l’air est glaciale. Il recommence à pleuvoir, juste pour le souper, qu’on mange sous tente, mais l’eau pour la vaisselle est chaude et même les toilettes sont rincées à l’eau chaude – quel luxe !

Jour 8 | Laugafell – Camp des Cailloux | à vélo | soleil le matin, pluie l’après-midi et le soir

Le premier gué nous attend 200 mètres après le camping et l’eau froide nous réveille. Beau soleil, beau paysage, très vallonné avec la vue sur les montagnes au loin. C’est très agréable à rouler, mais très caillouteux et on ne fait pas plus que du 5 km/h. Vers 15h le ciel s’assombri et les premières gouttes tombent. Une petite jeep Suzuki nous dépasse, et revient dans l’autre sens 10 minutes plus tard. On se demande pourquoi ? On comprend un peu plus tard : un gué très large, d’une trentaine de mètres, nous attend. Et tout ça sous la pluie… Reno se lance en premier, parfois il a un peu de peine, là où c’est plus profond. Il donne un coup de main à Sony. Il fait froid et on continue dans une ambiance de films post-apocalyptiques où tout est gris. 3 heures plus tard on est mouillé jusqu’à la culotte, chaussettes y compris.

On croise un islandais en Jeep, qui nous informe que le gué avant Nyidalur est trop haut pour être franchi à vélo. On décide alors de camper là, dans une vallée pleine de cailloux. Tout est trempé, comment faire pour sécher notre matos ? On découvre que la petite fenêtre de la tente est parfaite pour sécher les semelles intérieures des chaussures. Pour les chaussettes nous utilisons l’astuce de Mike Horn : placées sous les aisselles, elles sèchent à merveille simplement avec la chaleur corporelle – une fois installé dans le sac de couchage !

Jour 9 | Camp des Cailloux – Camp des Fleurs| à vélo | pluie, soleil, un peu couvert

La pluie s’arrête vers 6h du matin, enfin ! Mais il fait toujours aussi froid et les montagnes en face, le Fagrafell et l’Oexl, sont saupoudrées de neige. Sur les hauts-plateaux, rien d’exceptionnel, même en été. Départ tranquille et après environ 6 km on rejoint la piste F26. Le premier gué de la journée est facile, ainsi que celui juste avant Nyidalur, pourtant le jour avant il était très haut – c’est impressionnant comme le niveau d’eau peut changer rapidement !

Lire aussi nos conseils pratiques :

15 | Comment traverser les gués à vélo
18 | Pourquoi il faut se méfier des gués ?

Au refuge camping de Nyidalur on passe chez la ranger pour demander quelques renseignements. Elle nous indique qu’il y a une très belle vallée avec des fleurs mauves à ne pas rater, et qu’il y a une alternative à la F26 : prendre les pistes qui passent plus près des lacs, où il y a moins de trafic. Pour finir on opte pour les fleurs et on quitte le refuge avec une réserve d’eau de 10 litres, plus deux gourdes chacun.
Le paysage est très vallonné et dans quelques grimpettes raides il faut pousser les vélos. L’état de la piste change chaque 300 mètres et on n’avance pas vite : tôle ondulée, lit de rivière sèche, gros cailloux, sable. Mais la vue sur le glacier Hofsjökull est magnifique.
Un chauffeur de bus allemand s’arrête, nous félicite et nous donne quelques friandises pour nous encourager. Plus tard on croise un marcheur norvégien, qui est parti de Landmannalaugar. Au milieu de nul part on commence à discuter nourriture et ses habitudes ressemblent beaucoup aux nôtres : pasta, müesli, chocolat. Lui met du lait en poudre pour bébé dans son müesli, qui est beaucoup plus nourrissant que le lait en poudre normal. Bonne idée, dorénavant nous ferons comme lui !
On arrive enfin à la vallée des fleurs mauves – nous adorons cette touche de couleur dans le désert – qui est en fait une rivière asséchée couverte de fleurs ! On trouve un petit coin pour planter la tente dans ce beau cadre – on n’en peut plus !

Jour 10 | Camp des Fleurs – Camp de la Gorge | à vélo | beau soleil

« Perfect day for cycling » nous lance le premier conducteur de jeep qu’on croise dans la journée. C’est vrai, il fait beau, mais un petit vent nous empêche de mettre les T-Shirts. Près du seul gué de la journée c’est le spectacle : un convoi de 7 Range Rovers blancs avec des plaques françaises arrive sur l’autre rive. Le premier se lance et s’arrête au milieu du gué, ouvre la portière et rempli sa gourde ! Juste après un autre convoi avec des 4×4 allemands franchi le gué – mais quel trafic ! Finalement c’est notre tour et on met un peu plus de temps… On hésite de remplir une outre, mais on se dit qu’on fera ça au gué juste avant Versalir, pour éviter de trimballer du poids supplémentaire sur des kilomètres. Mauvais calcul, comme on découvre plus tard, parce que le gué de Versalir n’est pas un gué, mais un pont. L’eau est difficile d’accès, en plus elle est laiteuse, donc pas géniale à boire. Mais là, on n’a pas le choix et on la filtre grossièrement avec une chaussette ! Non, ce n’est pas la chaussette qu’on porte depuis des jours, mais une prévue à cet effet…
Après Versalir la piste est en meilleur état et ça roule un peu mieux sur la terre battue. Le désavantage est que les 4×4 vont aussi beaucoup plus vite – et aujourd’hui il y en a spécialement beaucoup. Le paysage devient plus désertique, avec des champs de sable noir, c’est plus monotone. On arrive près d’un pont, qui traverse des gorges assez profondes. Heureusement qu’on n’avait pas prévu de prendre l’eau ici ! Avec les cartes routières à l’échelle 1:250 000 ce n’est pas toujours facile de s’imaginer le terrain.
Il est déjà 18h30 quand on décide de camper dans les environs. On trouve un petit coin un peu à l’écart de la F26, en suivant un « unnumbered jeep-track ». Une belle soirée, presque pas de vent : on profite pour faire quelques photos et de voir de plus près les quelques plantes et fleurs qui poussent. Reno observe le ciel, on dirait un monstre caché dans les nuages, qui ont viré au noir. Il a bien vu, quelque chose se prépare ! Soudainement, vers 21h un vent du nord terrible se lève ; et dire que quand on est arrivé il soufflait légèrement du sud. En Islande il faut se méfier quand il n’y a pas de vent, il peut se lever d’une minute à l’autre et changer de direction sans crier gare ! Inquiet on va vérifier une dernière fois les sardines et on se prépare à une nuit agitée, le vent devient de plus en plus fort et secoue bien la tente !

Jour 11 | Camp de la Gorge – Camping fantôme de Gaeltaekur | à vélo | vent, couvert le matin, pluie l’après-midi, couvert le soir

Le matin le vent souffle toujours terriblement et la tente est pleine de sable. La plier est tout un art dans ces conditions et il faut faire attention de ne pas la perdre. La bonne nouvelle est qu’on a le vent de dos. Il commence à pleuvoir juste avant une longue montée avec plein de gravier et on a l’impression de faire du surplace. Tout d’un coup le paysage devient familier et on reconnait « notre » rocher, où en 2011 nous avions dû faire demi-tour à cause d’une tempête de sable – mais ça c’est une autre histoire (voir notre récit Kjölur en 2011 – qui est en construction – oui, on sait, on n’est pas les plus rapides…).
Après une dernière longue descente le goudron commence : on est de retour à la civilisation ! Dans les environs on va voir l’œuvre en béton « Tidi » de l’artiste islandais Finnborgi Petursson. Une œuvre qui sonne quand il y a le vent du nord et qui fait de la musique en duo avec les fils de la ligne à haute tension qui passe juste à côté.
Arrivé au restoroute de Hrauneyjafoss on a la fringale, on avale nos hamburgers tout en remplissant un questionnaire : cette fois c’est un sondage sur l’implantation d’éoliennes dans la région. Décidemment, les islandais ont pleins de projets…
Juste avant la bifurcation avec la F225, on cherche en vain une place pour camper : c’est plein de pierres ponces par ici – donc pas l’idéale pour mettre une tente. Il est 18h et on décide alors de pédaler encore 20 km jusqu’au camping de Leirubakki. Un signe nous interpelle un peu après: « Camping, Welkommin ». On s’installe là, dans cet immense camping à Gaeltaekur, encore assez joli, avec des places entre les buissons et les bouleaux – mais c’est un peu flippant, parce qu’à part nous, il n’y pas personne !

Jour 12 | Camping fantôme de Gaeltaekur – Hella | à vélo | couvert le matin, pluie à midi, soleil le soir

On traine ce matin, le ciel est couvert, il n’y a ni vent, ni pluie et on en profite pour faire des bannocks (c’est une sorte de pain du trappeur). A midi on part sur la piste 268 en direction de Hella. Au début ça roule très bien et les paysages sont juste magnifiques : des petites rivières en méandre entre les collines, des forêts de bouleaux, la vue sur le Hekla avec son chapeaux de nuages. La piste se gâte ensuite, il devient plus difficile à rouler et il commence à pleuvoir juste au moment où on veut piqueniquer. La pluie fini par s’arrêter, fait place au soleil et le vent de dos nous pousse jusqu’à Hella. Le camping Aarhus est assez chouette, mais les sanitaires sont dans un état pitoyable – visiblement ils n’ont pas été nettoyés. Le sol est noir de terre, des papiers qui trainent partout, des poubelles qui débordent… Mais l’eau des douches est hyper chaude et après 1 semaine en autarcie la douche est obligatoire, même dans des conditions précaires ! On lave quelques habits, mais le soleil du soir n’arrive pas à les sécher et demain ils annoncent de la pluie. Une belle soirée sans vent et avec du soleil : c’est la première fois qu’on peut souper dehors ! On fête ça avec une raclette islandaise.

Recette de Bannocks

Ingrédients pour 2 cyclistes :

9 cs de farine
1 cs de poudre à lever
1 cc de sel
1 tasse d‘eau
huile pour la poêle
1 sac Ziplock de 1 litre

Mélanger tous les ingrédients directement dans le sac Ziplock pour obtenir une pâte pas trop épaisse. Faire chauffer l’huile dans une poêle, ajouter la pâte et faire dorer, jusqu’à ce que la galette soit croustillante. La tourner en ajoutant encore un peu d’huile. La galette est prête quand elle sonne creux en tapant dessus. Tartiner avec du beurre est de confiture et déguster !

Cette recette est réservée aux jours de repos, quand nous avons plein de temps et quand nous avons besoin de nous faire du bien !

Recette de la raclette islandaise

Ingrédients pour 2 cyclistes:

500 gr. de pommes de terres déjà cuites
du gouda et quelques tomates cocktail
des cornichons
du poivre

Mettre les pommes de terre dans une poêle avec un peu d’huile et les faire chauffer brièvement. Les couvrir avec le gouda coupé en tranches, mettre un couvercle, baisser le feu et laisser fondre le fromage. Poivrer et déguster avec des cornichons servis à côté !

Jour 13 | Hella | pluie toute la journée

On décide de prendre un jour de repos, puisqu’il pleut toute la journée. On l’a bien mérité, après 7 jours de vélo et 336 km au compteur (dont 268 km de piste)… A 9h30 la cuisine commune est presque vide et Reno trouve un radiateur tiède, qu’il règle sur chaud, pour sécher nos habits. On fait le programme pour les prochains jours et chaque demi-heure on tourne les slips et les chaussettes sur le radiateur. C’est décidé on part demain pour les îles Vestmannaeyjar !

Jour 14 | Hella – Heimaey (îles Vestmannaeyjar) | pluie le matin et l’après-midi, beau le soir

Départ sous la pluie en direction de Landeyjahöfn pour prendre le ferry pour Heimaey. Ça roule mieux que prévu et on décide d’attraper le ferry de 13h – au lieu de celui de l’après-midi – mais pour cela il faut speeder. Reno nous fait un rythme d’enfer, Sony a de la peine à suivre ! On arrive juste à temps pour acheter les billets et le ferry part déjà. Le trajet ne dure que 40 minutes et l’arrivée au port de Heimaey est spectaculaire : le bateau se faufile dans une sorte de canal entouré de falaises de basalte jusqu’au port. Vraiment beau ! On sent qu’on va aimer cette île !
Le camping Herjolfsdalur se trouve un peu en dehors de la ville, dans un très beau cadre au pied des falaises et il est très bien équipé : sanitaires propres, cuisine, salle à manger, machine à laver et séchoir. On s’installe, toujours sous la pluie.
Ce soir on a envie de manger autre chose que des tortellinis, alors direction le supermarché en ville. Sur le chemin du retour on s’arrête à la piscine et on profite pleinement du hot pot et du sauna pour détendre nos muscles. Ça fait un bien fou !
On profite de la belle soirée sans vent et sans pluie pour manger les Fiskibollur dehors. Promenade digestive au bord de la mer où il y a une belle vue sur les autres îles de l’archipel. On fait aussi un saut à la maison traditionnelle, qui est étonnamment cosy à l’intérieur.

Jour 15 | Heimaey (îles Vestmannaeyjar) | soleil le matin, pluie l’après-midi

Le volcan Eldfell nous attire comme un aimant et on décide d’y monter au sommet aujourd’hui. On a un peu de la peine à trouver le point de départ, malgré le plan de l’office du tourisme, mais une fois en haut la vue est superbe ! Au loin on voit l’Islande avec le Hekla, l’Eyafjallajökull et Dirholey, mais aussi le port et la ville de Heimaey.
Sur le chemin de retour on s’arrête au nouveau centre « Eldheimar » (Pompei of the North), qui vient d’ouvrir ses portes et qui sent encore la colle. A l’extérieur cela rassemble un peu au cube de Jean Nouvel de l’Expo 02 à Morat (CH), avec ses façades rouillées, qui s’intègre d’ailleurs parfaitement dans le paysage. A l’intérieur une expo très intéressante attend le visiteur. Tout tourne autour de l’éruption du volcan Eldfell en 1973. Le musée a été construit autour d’une maison engloutie par la lave et récemment déterrée. Tout dans la maison est laissé tel quel et ça aide à se projeter dans cette nuit dantesque où l’Eldfell est entré en éruption. Toute la ville a dû être évacuée et par chance tous les bateaux des pêcheurs étaient là, cloués au port à cause d’une tempête, qui a eu lieu le jour avant, – ce qui a permis d’évacuer les 5303 habitants vers Porlakshöfn en pleine nuit. Les gens ne pouvaient prendre que le strict minimum : une couverture en laine, des habits chauds, un chat glissé sous la veste d’une dame. A ce moment les gens ne savaient pas encore que l’éruption allait durer 5 mois, que 1/5 de la ville allait être détruit et que l’île allait gagner 20% en surface. De nombreuses familles ont perdu leur maison et c’est grâce au système D des pompiers que les dégâts ont pu être limités : ils ont arrosé les coulées de lave avec de l’eau, pour les diriger vers la mer, plutôt que vers la ville. Quelle aventure !

De retour à la tente il pleut toujours et on remarque un gars qui a planté son tarp, tenu par ses bâtons de marche juste à côté : c’est à la dur !

Jour 16 | Heimaey (îles Vestmannaeyjar) | soleil le matin, pluie l’après-midi

Après le déjeuner en compagnie d’un soleil timide on part à vélo pour explorer l’extrémité sud de l’île. Sous la pluie on arrive à Storhöfdi où on a une belle vue sur les autres îles. Mais on ne sait pas si on voit Surtsey, la terre la plus jeune de la planète ; une île qui a surgit de la mer en 1963. Malheureusement il n’est pas possible de la visiter, elle est réservée aux scientifiques, qui font des études de zoologie et botanique.
Storhöfdi est aussi le point le plus venteux de Heimaey, le maximum jamais mesuré était de 110 nœuds, c’est-à-dire 203 km/h – et des vagues de 22 mètres de haut ! Effectivement ça souffle ici et on ne reste pas longtemps. De retour en ville on trouve un petit bistro qui s’appelle « Gott », qui a l’air très sympa avec son mobilier récup’. La seafood soup est délicieuse et nous fait oublier qu’il pleut. Le hot pot à 40° de la piscine a le même effet et on décide de clore cette journée pluvieuse au restaurant « Slipurrinn Eatery » installé dans une ancienne forge, où on mange super bien !

Jour 17 | Heimaey – Seljalandsfoss | ferry et à vélo | pluie le matin, puis soleil

On n’est pas trop pressé ce matin puisqu’il pleut, et on déjeune à la salle commune. Tout d’un coup un morceau de ciel bleu apparait et un peu plus tard le soleil. Heimaey montre sa face carte postale le jour de notre départ ! Le ferry ne part que cet après-midi on a donc le temps de grimper sur la falaise juste derrière le camping. Ça glisse un peu et c’est très raide, mais le panorama est à couper le souffle. On profite du soleil en observant les moutons, qui sont bizarrement toujours en triplette.
Changement de décor vers 18h, on est de nouveau sur la terre ferme et installé au camping de Hamragardar, bien situé juste à côté de Seljalandsfoss. Le soleil brille toujours et il fait chaud. Le temps idéal pour aller explorer la chute Gljufrabui, qui se trouve derrière le camping. Une très belle chute dans une sorte de gouffre, auquel on peut accéder par un petit passage secret. Beaucoup de brume à l’intérieur, heureusement qu’on a pris les vestes de pluie. Nous la trouvons presqu’encore plus belle que sa grande sœur Seljalandsfoss !

Jour 18 | Seljalandsfoss – Thorsmörk | sortie en bus et randonnée | beau soleil

On se lève en même temps que le soleil arrive au camping et ça fait plaisir de déjeuner dehors, c’est tellement rare ! Pas de vélo aujourd’hui – on a décidé de varier les plaisirs et de faire une sortie en bus jusqu’à Thorsmörk – où c’est possible de faire une petite marche.
La piste est caillouteuse, mais plate et le bus 4×4 doit franchir de nombreux gués – on en a compté 17. Le gué de la rivière Krossa est particulièrement impressionnant, l’eau noir arrive jusqu’à la hauteur des roues du bus et quand Sony, à la fin du parcours se met à côté des roues, ça lui arrive jusqu’au nombril. Le chauffeur nous raconte qu’il a chaque fois un pincement au cœur avant de traverser, parce que chaque jour les conditions changent et de nombreux véhicules et personnes ont déjà été emportés par les flots ! C’est aussi une des raisons pourquoi Sony ne voulait pas venir à vélo !
Sur le chemin on s’arrête sous l’Eyjafjallajökull (oui, le fameux et imprononçable volcan islandais qui, en 2010, a paralysé tous l’espace aérien à cause de son nuage de cendres). On voit bien la coulée de lave et le glacier saupoudré de cendres noires.
On descend du bus à Langidalur, où il y a un refuge et un camping. C’est ici que le fameux trek Laugavegur part vers le nord jusqu’à Landmannalaugar. On se contente de relier à pied Husadalur, qui est à une heure de marche, pour reprendre le bus de retour. Il fait beau et chaud, on est en T-shirt et pantalon court et on profite de cette belle randonnée à travers une forêt de bouleaux.

Jour 19 | Seljalandsfoss – Kirkjubæjarklaustur en bus | Kirkjubæjarklaustur – Skaftafell à vélo | beau, pluie le soir

Ayant déjà fait le trajet Seljalandsfoss – Kirkjubaejarklaustur à vélo en 2005 on opte pour le bus, ensuite on traversera le Skeidarsandur à vélo, jusqu’à Skaftafell. On a le meilleur chauffeur de bus de toute l’Islande, qui prend le temps de charger personnellement nos vélos et de mettre les sacoches en dessous comme protection ! D’habitude les chauffeurs se contentent d’ouvrir la soute et d’aller fumer une clope…
Confortablement assis dans le bus le paysage défile comme dans un film, il y a une belle lumière avec le soleil qui perce çà et là les nuages. La traversée du Myrdalsandur prend 1 heure en bus, contrairement à 1 journée à vélo. En 2005 c’était une véritable corvée, avec un vent de face terrible : on faisait du 8 km/h sur du terrain plat ! Depuis le bus on a une belle vue sur le Myrdalsjoküll et on apprend que certaines scènes de Games of Thrones ont été tournées sur ce glacier (pour les amateurs de GOT : c’étaient les scènes au nord du mur).
A Kirkjubaejarklaustur on commence le trajet à vélo avec un léger vent de dos, qui se transforme en vent de côté, puis en vent de face dans le Skeidarsandur, pour finir en vent de dos ! Une belle démonstration d’Eole et de ses forces ! Le trajet est plat, assez monotone et les seules attractions sont plusieurs ponts à une voie qu’on doit traverser et qui ont été emportés par une gigantesque crue en 1996. Ce phénomène, qui s’appelle Jökulhlaup en islandais, s’est produit lorsque plusieurs volcans sous la calotte glaciaire Vatnajökull sont entrés en éruption et ont créé une fonte de glace. Cette eau a d’abord été stockée dans un lac subglaciare et quelques semaines plus tard tout a débordé, emportant des blocs de glace et inondant la plaine. Quelques piliers tout tordus sont exposés après le dernier pont, témoins de la force destructrice des blocs de glace, qui étaient parfois grands comme des maisons !
Le camping de Skaftafell se voit de loin, il est immense, mais bien situé à flanc de montagne. Il est aussi très touristique : cafétéria, shop, expo photo, etc. Oups, juste à notre arrivé il commence à pleuvoir, on met vite la tente et c’est la drache, courte mais intense ! Après les Pylsur comme souper, un plat presque traditionnel de l’Islande le soleil est de retour et on remarque qu’on a super bien choisi l’emplacement de la tente : on a le soleil du soir !

Recette Pylsur

Ingrédients pour 2 cyclistes :

6 pains pour hot-dog
6 saucisses pour hot-dog
1 d’oignon blanc frais
4 cs d’oignons frits (déjà prêts)
4 cs de ketchup
4 cs de moutarde

En option:
4 cs de sauce rémoulade (sauce à base de mayonnaise et cornichons)

Porter l’eau à ébullition, couper le feu et y plonger les saucisses pendant 10 minutes. Couper les pains dans le sens de la longueur et les tartiner de ketchup, moutarde et sauce rémoulade. Ajouter les saucisses, les oignons frais et frits et déguster !

Jour 20 | Skaftafell | randonnée | beau le matin, couvert l’après-midi et le soir

Le soleil nous réveille ce matin, mais on a eu la « bonne » idée d’installer la tente dans le coin des groupes – bon, hier sous la pluie on n’a pas fait attention à ça – et on découvre qu’il faut faire la file partout : pour le pipi du matin, pour la douche, pour laver la vaisselle… côté sanitaires le camping n’est pas très bien équipé et il faut s’armer de patience !
On profite du soleil pour faire une randonnée en direction du Sjönarnipa, on a une belle vue sur le glacier Skaftafellsjökull. On piquenique devant Svartifoss et ses orgues basaltiques. On continue la marche en direction de Mosaldalur, mais à mi-chemin on se rend compte que c’est encore très loin. On sent encore les kilomètres parcourus hier dans nos jambes, le ciel se couvre et on fait demi-tour.
Depuis notre tente on a un beau coucher de soleil et une vue magnifique sur l’Oraefajökull, la plus haute montagne de l’Islande, avec ses 2111 mètres.

Jour 21 | Skaftafell | promenade avec le ranger | couvert le matin, puis pluie

Les prévisions météo ne sont pas très bonnes pour les prochains jours, la pluie va arriver et on décide de décaler notre départ à vélo. On a donc le temps de faire la promenade avec le ranger « Tolli » jusqu’au pied du Skaftafellsjökull. Il nous explique que le glacier a reculé de 100 mètres depuis 1980 ; ça nous rappelle le glacier d’Aletsch en Suisse. Au pied du glacier un lagoon s’est formé, qui grandit chaque année et qui va bientôt ressembler au Jökulsarlon.
Sur le chemin de retour les premières gouttes commencent à tomber et c’est parti pour le reste de la journée. Rester sous tente ne nous tente pas trop alors on va voir l’expo sur la vie des Islandais dans les siècles passés au Visitors Centre. C’est très intéressant et on apprend qu’ici dans le coin, c’était une des régions les plus reculées de l’Islande, très difficile d’accès. Il fallait traverser le Skeidarsandur, qui à l’époque n’avait pas de route, ni de pont. Des coursiers à cheval passaient là 4 fois par année pour apporter le courrier en traversant les rivières à gué. Jon Einarson, un inventeur, avait ouvert une voie par le glacier, mais pas moins périlleuse, avant d’inventer une charrette à voile. Avec l’aide du vent 1 cheval arrivait à tirer la charge prévu pour 20 chevaux !

Jour 22 | Skaftafell | Glacier Walk | couvert le matin, puis soleil et bourrasques de vent

Des bourrasques de vent nous réveillent vers 5h du matin : on est content d’avoir pris la bonne décision hier de ne pas faire du vélo aujourd’hui ! Sur les 100 mètres pour aller aux toilettes il faut affronter le vent de face, avec les larmes aux yeux et l’impression que le bonnet va s’envoler d’un moment à l’autre.
A 13h on a rendez-vous pour un Glacier Walk. Snorri, notre guide, nous amène dans un vieux School Bus américain au pied du glacier. Une demi-heure plus tard, équipés de crampons et piolet, nous faisons nos premiers pas sur le Falljökull. Après une belle vue dans un moulin, on boit de l’eau de glacier, qui doit avoir à peu près 700 ans, à la manière des alpinistes : en buvant directement dans le ruisseau et en utilisant le piolet comme appui. Plus haut on découvre un phénomène qui s’appelle Glacier Mice (des souris de glaciers) et qu’on trouve seulement sur 4 glaciers dans le monde. Des cailloux sont entièrement recouverts de mousse verte, aussi en dessous. Le proverbe qui dit « Pierre qui roule n’amasse pas mousse » ne s’applique pas ici !
A la fin du tour Snorri nous amène dans une grotte où on admire le bleu éclatant d’un glacier ancien, le bleu vient du fait qu’il n’y a plus de bulle dans la glace! Il nous montre aussi que les Crawberries, qui poussent au bord du sentier, sont comestibles et très bonnes – elles vont devenir le truc favori de Reno pour améliorer le müesli du matin ! Quand Snorri apprend qu’on voyage à vélo il se propose de vérifier la météo pour nous, car les nuages ne prédisent rien de bon. Mais pour finir, le vent devrait se calmer demain et il nous montre un Secret Place avant Jökulsarlon, où on pourrait camper tranquillement, loin des foules. Trop sympa !

Jour 23 | Skaftafell – Camp des Icebergs | à vélo | beau

Après 4 km à vélo sur la Ring Road, on tourne sur une piste qui mène au pied du Svinafellsjökull et après une courte marche on a une superbe vue sur le glacier – ce petit détour vaut vraiment la peine !
La route passe au pied des montagnes, elle est plate, agréable à rouler et le vent est tombé. Au Cap Ingolfshöfdi on fait une petite pause, c’est l’endroit où le premier colon Ingolfur, venu de Norvège, a accosté. On reprend la route avec un léger vent de dos, mais les choses se corsent à Kvisker ! Snorri nous avait d’ailleurs avertis hier, que ce coin est terriblement venteux et c’est le cas. On a le vent de face tant redouté. C’est une zone peu protégée des montagnes et le vent souffle depuis l’intérieur du pays. La ferme Kvisker est collé à la montagne, probablement au seul endroit protégé du vent.
Un peu avant Fjallsarlon on trouve le Secret Place de Snorri à l’abri du vent et on s’installe. Un rayon de soleil nous permet même de manger hors tente avec vue sur les glaciers et le Lagoon : c’est magnifique !

Jour 24 | Camp des Icebergs – Höfn | à vélo | beau

On met le réveil à 5h30 pour aller voir le lever de soleil sur le Lagoon, un très beau spectacle rien que pour nous deux ! Il fait très froid, on sent la proximité des icebergs et il y a une fine couche de glace sur l’eau. On lève le camp et les premiers touristes arrivent déjà…
On reprend la route et après une vingtaine de kilomètres on arrive à la rive ouest du Jökulsarlon où il n’y a pas un chat ! C’est moins touristique ici, mais pas moins beau – un bon tuyau pour les gens en quête de quiétude. En plus, le contraste entre les Icebergs et l’eau turquoise est saisissant – et avec les glaciers et les montagnes en arrière-plan, le cadre est parfait !
On fait un 2ème arrêt avant le pont de Jökulsarlon et on arrive juste à temps pour voir un Iceberg qui se retourne – c’est impressionnant, et la raison pour laquelle c’est très dangereux de s’approcher. Il faut savoir que la partie visible de l’iceberg ne fait qu’un neuvième, le reste est caché sous l’eau.
Le Jökulsarlon est très touristique, mais aussi un des high-lights de l’Islande. Il y a quelques jours Reno a entendu la conversation de touristes françaises qui ont visité le Jökulsarlon sous la pluie et qui étaient très déçues. Nous sommes chanceux !
L’eau du Lagoon s’écoule en direction de la mer en emportant de nombreux icebergs avec elle. On descend à pied jusqu’à la plage et là une autre merveille nous attend : des centaines de blocs de glace de toutes les tailles échoués sur le sable noir, comme des diamants qui brillent au soleil. Wow, les mots nous manquent tellement c’est beau !

On repart à vélo vers midi, peu de trafic et un léger vent arrière, mais c’est bientôt fini. Tout d’un coup, vers Vidbordshraun le vent de face nous nargue, change de direction, vient de côté – quelle galère ! Plus de trafic aussi, ce qui n’arrange pas les choses, puisque des camions et un tracteur nous dépassent sans laisser d’espace. C’est très dangereux et très désagréable. On tremble sur nos vélos à cause des trous d’air, qui suivent inévitablement les dépassements.
Mais côté vent, on n’a encore rien vu : il y a une montée, une sorte de petit col où de terribles rafales de vent nous font descendre des vélos ! On n’a plus aucun contrôle, on titube comme si on était saoul – mieux vaut pousser ! A la descente toujours ces rafales, on est tout penchés sur nos vélos et on pédale comme des fous pour avancer. Péniblement on atteint la plaine, avec la route qui file tout droit, interminable. Le vent vient maintenant de côté et la plus part des conducteurs qui nous dépassent n’ont jamais fait de vélo, ils ne savent pas qu’il faut laisser un espace en dépassant. Et le pire c’est qu’ils ne se rendent même pas compte de la violence du vent, bien à l’abri dans leur habitacle. Ils ne voient pas non plus nos grimaces, n’entendent pas nos gros mots, et notre envie de faire de grands signes – mais on ne peut même pas lâcher les guidons, sinon on va finir dans le fossé ! Enfin, bref : c’est cauchemardesque ! Sony fini par rouler au milieu de la voie, pour forcer les voitures à nous doubler sur l’autre côté de la route. On remarque quand même les chauffeurs de Sterna et Reykjavik Excursions : ce sont les seuls, qui apparemment ont reçu une formation spéciale, qui nous dépassent correctement. C’est-à-dire, derrière un cycliste ils ralentissent et dépassent sur l’autre voie, en douceur ! Voilà, c’était la minute coup de gueule de 2 cyclistes – et un appel aux conducteurs : donc, si vous lisez ces lignes essayez de vous rappeler de nos conseils quand vous dépassez un cycliste – en Islande ou ailleurs…

A bout de force on arrive vers 18h au camping de Höfn. Le vent nous a tué, le nombre de kilomètres (plus que 90 km) aussi, on mange deux hamburgers (on n’a plus la force de cuisiner un repas) et hop au lit à 20h.

Jour 25 | Höfn | repos | beau

Beau soleil, on déjeune dehors. Programme d’aujourd’hui : visite de la ville à pied, détente à la piscine et souper au restaurant « Humarhöfnin ». La spécialité de Höfn est la langoustine et pour fêter la fin de notre périple à vélo on ne se prive pas. On prend même une mini bouteille de Prosecco (1 verre par personne) ; le sommelier s’inquiet et demande si une bouteille suffit ?
Après le souper on passe au View Point, où la nature nous offre un magnifique, extraordinaire coucher de soleil, qui se reflète dans la baie, qui fait office de miroir. On finit en beauté !

Jour 26 | Höfn – Reykjavik | en bus | beau

Le grand événement du jour est que la partie nord du Vatnajökull est en train d’être évacuée, à cause d’une probable éruption du Bardarbunga. Ce volcan se trouve sous le glacier, une éruption pourrait alors aussi causer une fonte de glace et des crues.
C’est très venteux, la dame du camping nous demande si on fait du vélo aujourd’hui et elle semble soulagée, quand elle apprend qu’on prend le bus. Elle est aussi inquiète à cause du réveil du Bardarbunga, elle craint une catastrophe à la Eyjafjallajökull, qui a coûté « a lot of money to the icelandic society».
Le bus part à 7h30 directement devant le camping. Comme d’habitude nous avons reservé le jour avant, et prévenu la compagnie qu’on voyage avec des vélos. Le bus fait une halte à Jökulsarlon et on file à la plage pour encore faire quelques photos des diamants sur le sable noir. Le bus aurait dû repartir à 10h20, mais il y a une personne qui manque. Le chauffeur déplace un peu le bus et nous dit que normalement après les gens viennent en courant. Mais là, rien. Vers 10h35 il décide de partir – et qui remonte tranquillement de la plage ? La dame qui a fait attendre 15 minutes le bus …
A Kirkjubaejarklaustur le chauffeur sympa nous quitte, il reprend le bus qui vient de Reykjavik, et l’autre chauffeur prend notre bus – on tombe d’ailleurs à nouveau sur le meilleur chauffeur de l’Islande, celui qu’on a eu il y a quelques jours.
A Vik il pleut – c’est notre quatrième passage dans ce village, et à trois reprises il a plu. Vik est situé au sud et bizarrement il y a plus de précipitations dans la partie sud, que dans la partie nord du pays (à Vik ce sont 2273 mm de précipitations par année, à Akureyri seulement 490 mm) – le contraire de chez nous !
Le bus Sterna nous dépose directement au camping de Reykjavik – c’est le grand avantage de voyager avec cette compagnie (en 2014, mais les choses changent parfois très vite en Islande). Et à Reykjavik on retrouve le soleil : c’est parti pour une belle soirée !

Jour 27 | Reykjavik | shopping et piscine | beau

On profite de la piscine Laugardalslaug juste à côté du camping pour nous relaxer, on fait un peu de shopping et on réserve les vélos pour le bus de Keflavik pour demain, directement à la réception du camping.

Jour 28 | Reykjavik – Keflavik | en bus | beau

Comment aller de Reykjavik à Keflavik à vélo ? C’est toujours un peu un casse-tête ! Nous avons fait à peu près toutes les versions possibles : la plus courte, la plus belle, la plus rapide et la plus dangereuse. Nous avons deux versions préférées: la plus rapide (en bus) et la plus belle via Grindavik.

Ce matin nous optons donc pour la version rapide. Nous prenons le bus pour le transfert à l’aéroport de Keflavik vers 10h, il s’arrête devant le camping et il y a peu de monde. A l’aéroport nous enjambons nos vélos pour faire les 3 km jusqu’au Guesthouse Alex où nous avons stocké nos cartons vélos. Est-ce que nous allons les retrouver ? Oui, heureusement ils sont encore là ! Il semble que le respect entre cyclistes opère…
Nous démontons donc nos vélos, pour pouvoir les mettre dans les cartons. Nous réservons le transfert (qui en 2014 est gratuit, on paye juste pour les vélos) pour l’aéroport de demain – et nous avons assez de temps (c’est l’avantage de la version rapide) pour faire un petit tour au Blue Lagoon, pour finir en beauté !
L’eau du Blue Lagoon est toujours aussi agréable et en 2014 il y a peu de monde le soir : nous en profitons à fond !

Mauvaise surprise par contre quand on veut monter à bord du dernier bus pour retourner à Keflavik : le bus est déjà plein ! Mince, c’est embêtant, comment allons-nous faire ? Le chauffeur nous informe qu’un bus supplémentaire va arriver dans 15 minutes. Avec nous il y a deux français qui attendent et nous commençons à discuter. Ce sont en fait deux mécaniciens du Boréal (de la compagnie du Ponant) en congé ; ils sont sur le chemin de retour pour la Bretagne. Le bateau est arrivé du Spitzberg aujourd’hui et va continuer sa croisière vers le Groenland. Finalement après une demi-heure un taxi pointe son nez et nous amène chez Alex.

Conseil pratique :

37 | Comment aller de Reykjavik – Keflavik à vélo sans risquer sa vie ?

Jour 29 | Keflavik – Genève | en avion| couvert

On se lève à 3h pour le transfert à l’aéroport et on décolle à 7h20. Nos (beaux) parents viennent nous chercher à Genève-Cointrin, pour nous amener à la maison. Nous apprenons au téléjournal du soir, que le Bardarbunga est entré en éruption aujourd’hui à 14h49 !

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